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Ce que les prélèvements de Saint-Malo permettent de chercher
L’enquête de Splann ! publiée le 15 octobre rapporte des concentrations de cadmium dans plusieurs secteurs résidentiels proches du port de Saint-Malo. Les prélèvements ont été réalisés par l’Institut de physique du globe de Paris à l’initiative de médecins de la communauté professionnelle territoriale de santé. L’article cite notamment la rue Hochelaga et le secteur entre le lycée Maupertuis et l’hôpital. Ce travail donne des points de départ à une enquête sur les expositions des riverains. [1]
Son intérêt médical ne se résume pourtant pas à comparer un chiffre du sol avec un chiffre de laboratoire. Il faut d’abord comprendre ce qui a été mesuré, à quel endroit et par quelle méthode. Le chercheur interrogé par Splann explique que la première méthode recherchait le cadmium bioassimilable, c’est-à-dire une fraction susceptible de franchir les barrières digestives. Elle diffère de celle sur laquelle reposent les seuils de la Haute Autorité de santé. Des vérifications sur 13 prélèvements ont donné, selon lui, des résultats en moyenne plus élevés avec l’autre méthode. Ce n’est pas un coefficient à appliquer à chaque jardin.
Cette précision change la lecture du dossier : un point de prélèvement constitue un signal à caractériser, pas le résultat d’un patient. L’enjeu est de relier les lieux concernés aux usages réels — jardinage, consommation de végétaux, durée de séjour — avant de choisir les personnes et les examens utiles.
L’absence de campagne générale n’empêche pas une évaluation individuelle
Dans son entretien au Pays Malouin du 16 octobre, l’ARS Bretagne ne recommande ni restriction particulière ni dépistage systématique au vu des éléments reçus. Elle indique aussi ne pas disposer de tous les prélèvements. Son directeur adjoint précise qu’un médecin peut demander un dosage urinaire lorsqu’il l’estime médicalement justifié. Une nouvelle étude doit être travaillée avec les collectivités pour mieux caractériser la situation. [2]
Il existe donc deux questions différentes : les données justifient-elles une action collective, et quelle évaluation convient à une personne donnée ? L’absence de dépistage de toute une ville ne transforme pas les résultats disponibles en bilan de santé individuel. À l’inverse, un signal environnemental ne rend pas tous les habitants candidats au même parcours d’examens.

Le seuil du sol et celui des urines n’ont ni la même unité ni le même rôle
La recommandation de la HAS sur les lieux de résidence retient notamment des situations d’autoconsommation de végétaux dès 0,5 mg de cadmium par kg de sol sec. À partir du repère de 1 mg/kg, elle intègre aussi les jeunes enfants et certaines durées cumulées de séjour. Ces repères servent à cibler une évaluation à partir du site et des pratiques. Ils ne constituent pas une valeur de cadmium déjà retrouvée chez les riverains. [3]
L’imprégnation corporelle est appréciée par un dosage du cadmium dans les urines. Les résultats sont exprimés notamment en microgrammes par gramme de créatinine, une substance urinaire utilisée pour rapporter la concentration. La HAS distingue des valeurs de référence selon l’âge et décrit deux dosages successifs à quelques semaines d’intervalle pour apprécier une charge corporelle trop élevée. La présence du mot « seuil » dans les deux démarches ne les rend pas interchangeables.

Comparer directement 0,5 mg/kg de terre avec 1 µg/g de créatinine serait donc comparer deux objets différents. Le premier renseigne un milieu ; le second contribue à évaluer une personne. Ni l’un ni l’autre ne désigne à lui seul une lésion visible sur une image.
Quand la question des os devient-elle pertinente ?
La HAS décrit la recherche d’effets sur la santé lorsque la concentration urinaire dépasse 1 µg/g de créatinine. Le bilan porte notamment sur les reins. Dans ce cadre, elle prévoit aussi de rechercher une déminéralisation osseuse chez les personnes d’au moins 60 ans, chez les femmes ménopausées ou lorsque le bilan rénal montre des anomalies. Le contexte biologique et clinique précède donc cette question osseuse : être riverain d’un point étudié ne suffit pas à la déclencher. [3]
L’ostéodensitométrie est l’examen de référence pour mesurer la densité minérale osseuse, explique l’Assurance Maladie. Elle utilise une très faible quantité de rayons X, notamment au rachis et au col du fémur. Elle répond à une question de solidité osseuse, pas à la quantité de cadmium présente dans l’organisme. Son indication se discute dans le bilan médical, avec les autres facteurs de risque. [4]


Le compte rendu de densité ne permet pas, à lui seul, d’attribuer une fragilité au cadmium. L’Assurance Maladie replace cette mesure parmi les antécédents de fracture, les maladies, les traitements et les autres facteurs qui modifient le risque osseux. Deux personnes présentant une densité comparable peuvent ainsi avoir des risques de fracture différents. [4]
Sources et références
- Splann !, enquête sur les sols de Saint-Malo, 15 octobre 2026. https://splann.org/saint-malo-pollution-cadmium/
- Le Pays Malouin / actu.fr, entretien avec l’ARS Bretagne, 16 octobre 2026. https://actu.fr/bretagne/saint-malo_35288/que-disent-les-analyses-de-cadmium-dans-les-sols-de-saint-malo-lars-repond-enfin_64936983.html
- Haute Autorité de santé, dépistage et suivi des personnes potentiellement surexposées du fait de leur lieu de résidence. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3367010/fr/depistage-prise-en-charge-et-suivi-des-personnes-potentiellement-surexposees-au-cadmium-du-fait-de-leur-lieu-de-residence
- Assurance Maladie, Ostéoporose : diagnostic et évolution, 20 septembre 2024. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/osteoporose/diagnostic-evolution





