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À Nantes, une amputation pour une prothèse bionique : pourquoi bouger les doigts et sentir un contact demandent 2 circuits distincts

À la clinique Jules-Verne de Nantes, une amputation a été réalisée le 16 octobre pour permettre un appareillage avec retour sensitif. Derrière la main bionique, le défi consiste à transmettre un ordre de mouvement dans un sens et une information de contact dans l’autre.

Relu par Antoine Bouquet
Représentation conceptuelle d’une main prothétique articulée et de son interface externe.
Illustrations conceptuelles
Sommaire
  1. En bref
  2. Un ordre musculaire pour mettre la main en mouvement
  3. Du capteur de pression à une zone de peau réinnervée
  4. TMR et TSR ne réparent pas le même trajet
  5. Le passage de la chirurgie à une sensation utilisable prend du temps

Une prothèse peut refermer ses doigts sans que son utilisateur ressente ce qu’ils touchent. C’est cette différence qui donne son intérêt au projet conduit à la clinique Jules-Verne de Nantes. Le 16 octobre, Télénantes a rapporté l’amputation d’une main gauche devenue non fonctionnelle, en vue d’un appareillage bionique. Le retour de sensations demeure un objectif du parcours décrit par le chirurgien Edward de Keating Hart, pas un résultat postopératoire déjà annoncé. [1,2]

Pour comprendre cette opération, mieux vaut donc suivre les deux trajets de l’information plutôt que s’arrêter à l’apparence de la main artificielle. Commander un geste et recevoir un signal tactile répondent à des problèmes différents. Les réunir suppose un travail sur les nerfs et sur l’interface avec la prothèse.

Un ordre musculaire pour mettre la main en mouvement

Dans l’entretien accordé à Alouette, le chirurgien présente une prothèse fonctionnant avec des électrodes, destinée notamment à ouvrir et fermer la main. Le principe myoélectrique consiste à exploiter l’activité électrique de muscles disponibles pour commander le dispositif. L’intention de mouvement s’exprime ainsi par un signal musculaire détectable à la surface du membre résiduel. [2,4]

Cette commande n’implique pas, à elle seule, que la main artificielle sente l’objet. Elle peut transmettre une action sans fournir à son utilisateur une information tactile en retour. C’est précisément ce trajet inverse que vise la réinnervation sensorielle ciblée, souvent désignée par le sigle anglais TSR.

Du capteur de pression à une zone de peau réinnervée

Le projet décrit à Nantes associe des capteurs de la prothèse à une stimulation des zones cutanées préparées par la chirurgie. Des nerfs sensitifs sont redirigés vers la peau du membre résiduel. Après leur repousse, une stimulation de cette peau doit pouvoir être perçue comme provenant de la main absente. Le point de contact physique et la localisation ressentie ne se confondent alors plus. [2,3]

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Le circuit recherché comporte trois étapes : un capteur détecte le contact sur la prothèse ; le système le traduit en stimulation, notamment vibratoire ; les voies nerveuses transmettent cette information au cerveau. Le chirurgien parle d’un retour de pression et de vibration, moins développé que le toucher naturel. [3]

Deux circuits : du muscle aux électrodes et au mouvement ; du contact à la peau stimulée puis aux nerfs sensitifs.
La commande part du signal musculaire ; le retour sensitif recherché traduit le contact en stimulation de la peau réinnervée. À Nantes, les sensations restent attendues. [2,3]

TMR et TSR ne réparent pas le même trajet

Les deux sigles se ressemblent, mais leur cible change. La TMR est une réinnervation musculaire ciblée : un nerf est raccordé à une cible musculaire. La TSR est une réinnervation sensorielle ciblée : elle cherche une interface cutanée pour faire revenir une information sensitive. La page professionnelle de l’équipe nantaise décrit la TMR, tandis que les entretiens consacrés à l’intervention du 16 octobre insistent sur le volet sensitif. [2,4]

Une série clinique publiée en 2025 illustre cette distinction. Les auteurs décrivent séparément la redirection de branches sensitives vers des nerfs cutanés de l’avant-bras et une réinnervation musculaire. Chez ces 7 patients, opérés entre 2020 et 2024, ils ont étudié l’apparition d’une carte de la main ressentie sur la peau. Il s’agit d’une petite série rétrospective, sans grand groupe comparatif : elle éclaire le mécanisme, sans fournir le résultat du patient nantais. [5]

Schéma conceptuel : la TMR vise une cible musculaire, la TSR une cible cutanée.
Schéma simplifié, non à l’échelle : les cibles musculaire et cutanée sont distinguées sans cartographier les nerfs d’un patient. [4,5]

Le passage de la chirurgie à une sensation utilisable prend du temps

La peau ne devient pas une interface sensitive dès la fin de l’opération. Il faut que les nerfs repoussent et que les zones obtenues puissent être mises en relation avec le dispositif. Pour le parcours nantais, Edward de Keating Hart a évoqué auprès de Hit West au moins 3 à 6 mois avant les premiers signes attendus. Ce délai annoncé n’est ni une date certaine de récupération ni un calendrier universel. [3]

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Le réglage de la stimulation représente ensuite un enjeu concret. Le chirurgien cite deux possibilités qui peuvent limiter le résultat : une sensation trop douloureuse ou, au contraire, insuffisante. La qualité d’une main dite sensitive ne se juge donc pas seulement à la présence d’un capteur, mais à l’information que la personne parvient effectivement à percevoir lorsqu’elle utilise son appareillage. [3]

Sources et références
  1. Télénantes / Ouest-France, 16 octobre 2026. Amputation rapportée à la clinique Jules-Verne.
    https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/video-clinique-jules-verne-un-patient-se-fait-amputer-d-une-main-pour-se-faire-poser-une-prothese-ee9d0b18-df12-3839-a5df-6334fa74d2c8
  2. Alouette, entretien avec Edward de Keating Hart, 16 octobre 2026.
    https://www.alouette.fr/nantes-patient-ampute-sa-main-retrouver-usage
  3. Hit West, entretien avec Edward de Keating Hart, 15 octobre 2026.
    https://hitwest.ouest-france.fr/operation-exceptionnelle-a-la-clinique-jules-verne-de-nantes-retour-sensoriel-dans-une-main-grace-a-une-prothese-nouvelle-generation
  4. Chirurgiens Jules-Verne, « Prothèse bionique (TMR) », page professionnelle non datée.
    https://www.chirortho-julesverne.fr/Prothese-bionique-TMR.html
  5. Journal of Clinical Medicine, 9 janvier 2025. « Restoration of Genuine Sensation and Proprioception of Individual Fingers Following Transradial Amputation with Targeted Sensory Reinnervation as a Mechanoneural Interface ». Série rétrospective de 7 patients.
    https://www.mdpi.com/2077-0383/14/2/417

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