Près d’un Français sur cinq porte aujourd’hui au moins un tatouage. Une question revient donc régulièrement au moment de programmer une IRM, un scanner ou un TEP-scan : la présence d’encre sous la peau change-t-elle quelque chose ? La réponse est nuancée, et elle mérite mieux que les inquiétudes qui circulent.
Un risque de brûlure réel, mais très rare
Les champs magnétiques de l’IRM peuvent interagir avec les pigments ferreux de certaines encres. Deux effets ont été décrits : une sensation de tiraillement ou de chaleur sur la zone tatouée, et, dans de rares cas, une brûlure superficielle liée à l’absorption d’énergie par le pigment.
L’ampleur du phénomène a été mesurée. Une étude prospective publiée dans le New England Journal of Medicine a suivi 330 personnes porteuses de plus de 900 tatouages sur près de 600 séances d’IRM : les événements indésirables s’y sont révélés exceptionnels. Un tatouage ne contre-indique donc pas un examen, mais il justifie d’être signalé. Les motifs les plus concernés sont les tatouages étendus et très foncés, les plus chargés en pigment.
Quand l’encre gêne la lecture des images
Le second effet est plus fréquent et sans danger pour le patient : l’artefact. Les pigments métalliques, présents surtout dans les encres noires, peuvent créer des zones sombres ou floues lorsque le tatouage se situe dans le champ exploré. Le radiologue sait identifier ces artefacts et ajuster ses paramètres, mais l’information lui fait gagner du temps et de la précision, en particulier sur des explorations fines comme l’épaule, le poignet ou le rachis.
Le cas particulier des ganglions
C’est le point le moins connu, et le plus important. Avec le temps, des nanoparticules de pigment migrent de la peau vers les ganglions lymphatiques de la zone drainée, où elles s’accumulent. Un ganglion ainsi chargé peut apparaître anormal à l’imagerie et, lors d’un TEP-scan réalisé dans le cadre d’un bilan oncologique, être confondu avec une atteinte métastatique. Des prises en charge chirurgicales inutiles ont été rapportées pour cette raison.
Le phénomène concerne surtout les tatouages étendus et anciens. Signaler leur emplacement et leur ancienneté aide directement à l’interprétation des images.
Faut-il faire retirer un tatouage avant un examen ?
Non. Aucune recommandation ne va dans ce sens et le rapport bénéfice-risque ne le justifierait pas. Ceux qui engagent un détatouage laser le font pour des raisons personnelles. Dans les réseaux spécialisés comme CtrlZ, l’acte est réalisé par des infirmières diplômées d’État, après avis médical. Il est utile de savoir que la démarche s’inscrit dans la durée : le protocole s’étale généralement sur 12 à 24 mois, l’encre fragmentée par le laser étant éliminée progressivement par le système immunitaire. Cela ne fait pas non plus disparaître les particules déjà accumulées dans les ganglions.
Ce qu’il faut signaler avant l’examen
Au moment de la prise de rendez-vous, puis à l’accueil, mentionnez la présence de tatouages, leur localisation par rapport à la zone à explorer, leur taille et leur ancienneté. Précisez également si l’un d’eux a été réalisé dans les semaines précédentes, sur une peau encore en cicatrisation : l’équipe vous indiquera s’il y a lieu d’attendre. Pensez enfin au maquillage permanent, souvent oublié alors qu’il relève exactement de la même logique.
Pendant l’examen, prévenez immédiatement l’équipe si une sensation de chaleur ou de picotement apparaît sur une zone tatouée. Elle cède le plus souvent à l’arrêt de la séquence en cours, que le manipulateur peut adapter.
Dans l’immense majorité des situations, un tatouage ne modifie ni la faisabilité ni la qualité d’un examen d’imagerie. Il fait simplement partie des éléments à déclarer, au même titre qu’un implant ou un dispositif métallique. Un doute sur la conduite à tenir se règle au téléphone, avant le jour de l’examen.




