Une rotule qui sort de sa gouttière laisse parfois des traces que la radio ne montre pas. Dans une dysplasie fémoro-patellaire, l’IRM les voit, mais son compte rendu est plein de mots compliqués.
On démêle ce qu’elle montre et ce que ça change.
Dysplasie fémoro-patellaire à l’IRM : lésions visibles et bilan de l’instabilité
L’IRM complète l’examen après une luxation

L’IRM sert aussi à chercher les dégâts laissés par une subluxation ou une luxation de la rotule. Elle ne se limite pas à confirmer la dysplasie.
Après une première luxation latérale, elle permet d’examiner :
- le cartilage de la rotule et du fémur
- l’os situé sous le cartilage, où l’on repère un œdème ou une fracture
- le ligament fémoro-patellaire médial, le principal frein ligamentaire qui empêche la rotule de filer vers l’extérieur
Le cartilage et le ligament médial sont analysés
Le cartilage peut présenter une fissure, une perte d’épaisseur ou un défaut localisé. Parfois, l’os en dessous est atteint aussi. C’est souvent là que se joue la suite du traitement.
Le ligament médial peut être épaissi et gonflé après une entorse. Il peut aussi être interrompu en cas de rupture. Le radiologue précise où se situe l’atteinte : côté rotule, au milieu du ligament ou près du fémur. Cette précision compte beaucoup pour la suite.
Un fragment détaché peut rester coincé dans l’articulation. Sa taille, sa position et un défaut sur la rotule ou sur le condyle fémoral comptent dans la décision de consulter vite un chirurgien. Ne tardez pas si vous êtes dans ce cas.
La forme de la trochlée et de la rotule favorise l’instabilité
Une trochlée peu creusée guide mal la rotule
La trochlée, c’est la gouttière située à l’avant du fémur. La rotule y glisse quand vous fléchissez et tendez le genou. Si elle est trop plate, asymétrique ou bombée, elle guide moins bien la rotule, surtout au début de la flexion.
Sur les coupes axiales, le radiologue regarde notamment :
- la profondeur de la trochlée
- l’inclinaison de sa facette externe
- la longueur comparée des facettes interne et externe
- la présence d’une saillie osseuse au-dessus de la trochlée
- la position et la bascule de la rotule
Une profondeur trochléenne sous 3 millimètres peut orienter vers une dysplasie. Il en va de même pour une inclinaison latérale sous 11 degrés ou une asymétrie des facettes sous 40 %. Ces seuils ne se lisent jamais seuls. Le médecin les interprète avec l’âge, la morphologie du genou et les autres mesures.
Les quatre types de Dejour décrivent des formes différentes
La classification de Dejour décrit des formes de dysplasie trochléenne. Elle repose surtout sur les radiographies de profil, tandis que l’IRM complète le bilan en montrant les structures du genou.
- Type B : la trochlée devient plate ou convexe, avec une saillie osseuse au-dessus de sa partie supérieure.
- Type C : les deux facettes sont très asymétriques, la facette externe étant bombée et la facette interne plus plate.
- Type D : l’asymétrie du type C s’accompagne d’une saillie osseuse et d’une séparation très marquée entre les deux facettes.
Cette classification ne suffit pas à décider d’un traitement. Le médecin la croise avec le nombre de luxations, la douleur, l’âge et les autres facteurs anatomiques.
Après une luxation, l’IRM localise les lésions ostéochondrales
Les contusions forment un motif caractéristique

Quand la rotule sort vers l’extérieur puis revient en place, elle peut heurter le condyle fémoral, sur sa partie antéro-latérale. Sur l’IRM, on voit alors souvent un œdème osseux à cet endroit. On en voit aussi sur la partie interne de la rotule. Ce motif est assez reconnaissable.
Le choc peut aussi créer une fracture ostéochondrale. Elle associe un fragment d’os et de cartilage. Une lésion chondrale, elle, ne touche que le cartilage. La radiographie repère le fragment osseux. L’IRM montre bien mieux l’étendue du dégât cartilagineux.
Le fragment et le ligament orientent la prise en charge
L’IRM précise si le ligament fémoro-patellaire médial est étiré, partiellement déchiré ou rompu. Elle montre parfois une avulsion. Il s’agit d’un arrachement à son point d’insertion osseux.
Après une première luxation sans lésion ostéochondrale importante, la prise en charge commence souvent sans chirurgie. Les récidives, une lésion ostéochondrale importante ou une anomalie osseuse marquée peuvent changer la donne.
Hauteur, bascule et alignement rotuliens précisent le risque
La rotule haute s’engage plus tard

Une rotule haute est placée plus haut que prévu. Elle entre donc tard dans la gouttière. Or, à ce moment-là, l’os guide peu la rotule. Le risque de sortie partielle ou totale augmente alors.
L’IRM mesure cette hauteur avec des indices comme Caton-Deschamps ou Insall-Salvati. Elle regarde aussi la longueur du tendon rotulien. Vous saurez ainsi si la rotule est trop haute.
La bascule latérale, c’est quand la rotule tourne vers l’extérieur. Elle peut se cumuler avec un décalage vers l’extérieur et une trochlée dysplasique. Aucun de ces éléments ne suffit seul à expliquer l’instabilité.
La distance TA-GT quantifie la traction latérale
La distance TA-GT, c’est l’écart entre la tubérosité tibiale antérieure et le fond de la trochlée. Vous la voyez sur l’IRM. Elle sert à mesurer la force qui tire la rotule vers l’extérieur.
Plus cette distance est grande, plus la traction vers l’extérieur est forte. Votre médecin en tiendra compte pour votre prise en charge.
Radiographies, IRM et scanner répondent à des questions différentes
Les radiographies analysent surtout l’os
Les radiographies montrent où se trouve la rotule. Elles montrent aussi l’alignement général. Elles peuvent révéler une dysplasie trochléenne, grâce à trois signes : le signe du croisement, la saillie supratrochléenne et le double contour au profil strict.
Pour une douleur au genou sans signe d’alerte, la radiographie est souvent le premier examen. Une IRM devient utile si la douleur dure, si les clichés n’expliquent pas vos symptômes, ou si l’on soupçonne une lésion du ménisque, d’un ligament ou du cartilage.
L’IRM et le scanner se complètent
L’IRM n’utilise aucun rayon X. Dans un même examen, elle montre l’os, le cartilage, les ligaments, les ménisques et les tissus autour du genou. Elle est très utile après une luxation. Elle aide aussi à choisir le traitement.
Les symptômes et l’examen clinique distinguent douleur et instabilité
La douleur fémoro-patellaire se déclenche en charge
Vous sentez la douleur autour ou derrière la rotule. Elle revient souvent genou fléchi, sous charge. Dans les escaliers, les squats, la course ou les sauts, elle grandit. Elle peut aussi apparaître après une longue station assise.
Le médecin regarde aussi si le genou gonfle ou bouge moins bien. Il cherche des craquements, des accrochages et une sensation de dérobement. Un gonflement important, une articulation chaude ou un vrai blocage orientent vers d’autres causes. Ces cas demandent un bilan adapté.
Les tests orientent le bilan d’imagerie
L’examen compare les deux genoux et recherche notamment :
- une mobilité excessive de la rotule
- un signe d’appréhension lors de sa translation vers l’extérieur
- un « J sign », quand la rotule dévie brutalement en fin d’extension
- une bascule rotulienne
- un genu valgum, une hyperlaxité ou une anomalie de rotation du membre
Si la douleur revient au squat ou dans la descente des escaliers, elle oriente vers une douleur fémoro-patellaire. Une image anormale sans symptôme qui colle ne suffit pas. Elle n’explique pas à elle seule votre gêne.

Le traitement dépend des épisodes, de l’instabilité et des lésions

Après une première luxation sans lésion ostéochondrale importante, la prise en charge commence souvent par une protection. Puis on retrouve progressivement la mobilité. La rééducation suit, avec un travail sur le quadriceps, le contrôle de la hanche et la coordination du membre.
La rééducation commence dans les formes douloureuses
Pour une douleur fémoro-patellaire sans luxation, les exercices ciblent :
- le quadriceps, pour mieux contrôler la trajectoire de la rotule
- les muscles de la hanche, pour limiter la chute du genou vers l’intérieur
- la reprise progressive des gestes qui déclenchent la douleur
Une genouillère, un taping ou une adaptation temporaire des activités peuvent aider certaines personnes. Ils ne corrigent pas pour autant une dysplasie osseuse.
La chirurgie corrige chaque facteur identifié
Une instabilité récidivante peut conduire à reconstruire le ligament fémoro-patellaire médial. Selon les anomalies identifiées, cette intervention peut être associée à un geste sur la trochlée, la hauteur de la rotule ou la tubérosité tibiale.
Selon l’anomalie dominante, l’équipe peut discuter une intervention :
- sur la trochlée
- sur la hauteur de la rotule
- sur la tubérosité tibiale
Une lésion ostéochondrale déplacée peut aussi nécessiter une fixation ou un traitement du fragment.
La douleur et la reprise du sport ne se déduisent pas de l’IRM
L’image ne fixe pas la durée des symptômes
Une IRM peut montrer une dysplasie ancienne chez quelqu’un qui n’est presque pas gêné. Elle peut aussi montrer une lésion limitée chez une personne très douloureuse. La taille d’une anomalie ne dit donc pas seule l’intensité ni la durée des symptômes.
Une contusion osseuse, une lésion du cartilage ou un ligament étiré peuvent ralentir la récupération. C’est vrai surtout si le genou reste gonflé ou instable. Un fragment libre, un blocage ou des luxations répétées justifient une réévaluation médicale.
La reprise du sport suit des critères fonctionnels

La reprise ne se décide pas seulement à partir d’un délai. Une IRM rassurante ne suffit pas non plus.
Elle devient plus sûre lorsque vous avez retrouvé :
- une mobilité complète du genou
- une force proche de celle de l’autre côté
- l’absence de gonflement après l’effort
- une marche rapide sans douleur
- un bon contrôle lors des squats, des sauts et des changements de direction
- aucune sensation d’appréhension ou de dérobement
Vous reprenez ensuite par étapes. Commencez par le vélo ou des exercices sans impact. Passez à la course légère, puis aux gestes propres à votre sport. Terminez par l’entraînement complet.
Attention : si la douleur augmente, si le genou gonfle ou si la rotule semble sortir, réduisez la charge. Demandez aussi un avis médical.
Gardez votre compte rendu d’IRM sous la main, et relisez-le avec attention. Repérez-y où se situe exactement l’atteinte, sur la rotule, au milieu du ligament ou côté fémur : c’est cette précision qui oriente la suite de votre prise en charge.





