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Dioxyde de titane dans les médicaments : pourquoi une alerte sur l’ADN ne mesure pas un risque de cancer individuel

L’alerte alimentaire sur le E171 et l’évaluation des médicaments ne mesurent pas la même chose. Entre taille des particules, atteinte possible à l’ADN et risque chez les patients, plusieurs étapes doivent rester distinctes.

Relu par Antoine Bouquet
Composition conceptuelle réunissant un comprimé et une représentation de particules minérales.
Sommaire
  1. En bref
  2. Le mot nanoparticule ne décrit pas, à lui seul, un risque pour un patient
  3. La génotoxicité est une question sur l’ADN, pas un bilan de cancers
  4. Ce que rapporte l’évaluation pharmaceutique de 2025
  5. La faisabilité d’un remplacement constitue encore une autre évaluation

Le dioxyde de titane revient dans l’actualité après l’enquête de 60 Millions de consommateurs sur sa présence dans certaines présentations de médicaments. Le contraste avec son interdiction alimentaire fait facilement glisser la discussion d’un composant à un danger supposé identique dans toutes les situations. Pour comprendre les évaluations, il faut séparer les propriétés du matériau, les effets biologiques recherchés et l’exposition réelle. [1, 2]

Le mot nanoparticule ne décrit pas, à lui seul, un risque pour un patient

Le TiO₂ est utilisé notamment comme pigment et opacifiant. Le terme « nanoparticule » renseigne sur une très petite taille de particule, qui peut influencer ses propriétés. Il ne remplace pas une description de la substance, de la dose ni de la façon dont elle entre dans l’organisme. L’EFSA a intégré les données relatives aux nanoparticules dans son réexamen alimentaire de 2021. [2]

La génotoxicité est une question sur l’ADN, pas un bilan de cancers

La génotoxicité désigne la capacité d’une substance à endommager le matériel génétique des cellules. C’est une question importante pour l’évaluation sanitaire, car certains dommages peuvent participer au développement de cancers. Identifier une préoccupation génotoxique n’équivaut cependant pas à mesurer un nombre de cancers attribuables à une prise de médicament.

En mai 2021, l’EFSA expliquait ne pas pouvoir exclure un problème de génotoxicité lié aux particules de dioxyde de titane. Elle signalait une faible absorption après ingestion, mais aussi une possibilité d’accumulation dans l’organisme. Elle n’avait pas pu établir un apport quotidien sûr pour l’additif alimentaire. Cette incertitude a motivé la conclusion selon laquelle cet usage ne pouvait plus être considéré comme sûr. [2]

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L’agence précisait le périmètre de son travail : le TiO₂ utilisé comme additif alimentaire, et non l’ensemble de ses autres utilisations. Reprendre sa conclusion sans ce périmètre ferait passer une évaluation d’usage pour une mesure clinique chez tous les patients traités.

Distinguer taille des particules, génotoxicité et risque clinique lié à l’exposition.

Ce que rapporte l’évaluation pharmaceutique de 2025

Le document de la Commission européenne du 4 août 2025 ajoute une information distincte. L’EMA a examiné des données de sécurité transmises par un consortium industriel et partagé ses conclusions en mars 2025. Sur cet ensemble, elle a considéré le risque cancérogène lié à l’exposition au TiO₂ dans les médicaments comme négligeable, en tenant compte des petites quantités et de la qualité pharmaceutique utilisée. [3]

La même page donne la limite décisive : ce n’était pas une revue exhaustive de toutes les données disponibles. Il faut donc conserver ensemble le résultat et la portée du travail. Les données examinées ne fondent ni une alerte annonçant des cancers démontrés chez les utilisateurs, ni une garantie absolue pour toute exposition à toute forme de dioxyde de titane.

Les deux évaluations ne se résument pas à une agence qui aurait « raison » contre une autre : elles ne portent pas sur le même usage et ne reposent pas sur le même travail documentaire. Ce sont ces différences qui permettent de comprendre leurs conclusions sans effacer la préoccupation alimentaire ni exagérer la portée de l’appréciation pharmaceutique.

Illustration d’un travail de laboratoire sur les propriétés d’un matériau pharmaceutique.

La faisabilité d’un remplacement constitue encore une autre évaluation

Le rapport de l’EMA daté d’avril 2024 traite principalement des possibilités de remplacer le TiO₂ et de l’impact sur la disponibilité des médicaments. Protéger une substance sensible à la lumière, conserver une dissolution adaptée ou produire un enrobage stable sont des questions de formulation. Un essai de matériau d’enrobage n’est pas une étude mesurant des cancers chez des patients. [4]

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La Commission a pris ces contraintes et le risque de pénuries en compte pour maintenir l’usage comme colorant dans les médicaments. Pour apprécier une étude ou une nouvelle annonce sur le sujet, la première information à relever reste donc l’objet réellement évalué : propriété d’une particule, dommage biologique expérimental, formulation pharmaceutique ou résultat de santé chez des personnes exposées. [3]

Sources et références

[1] 60 Millions de consommateurs — Enquête d’Adélaïde Robert, 15 octobre 2026. https://www.60millions-mag.com/sante-bien-etre/article/medicaments-pourquoi-cet-additif-suspect-se-trouve-dans-certaines-boites-et-pas-dautres-20261015/

[2] EFSA — Évaluation du dioxyde de titane comme additif alimentaire, 6 mai 2021. https://www.efsa.europa.eu/fr/news/titanium-dioxide-e171-no-longer-considered-safe-when-used-food-additive

[3] Commission européenne — SWD(2025) 244 final, 4 août 2025. https://health.ec.europa.eu/document/download/34542b69-8507-4fc2-b106-bd15b481e40d_en

[4] Agence européenne des médicaments — Rapport EMA/94330/2024, 1er avril 2024. https://www.ema.europa.eu/system/files/documents/report/final-feedback-impact-removal-tio2-en.pdf

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