Mammographie et prothèses mammaires : ce qu’il faut savoir avant l’examen

C’est l’une des questions les plus fréquentes en salle d’imagerie : « J’ai des implants, puis-je quand même faire une mammographie ? » La réponse est oui, sans réserve. Porter des prothèses mammaires ne dispense pas du dépistage et ne l’empêche pas. Cela modifie en revanche la technique de réalisation des clichés et impose quelques informations à transmettre au manipulateur et au radiologue avant l’examen. Voici comment cela se passe concrètement.

Pourquoi les implants compliquent la lecture des clichés

Un implant mammaire, qu’il soit rempli de gel de silicone ou de sérum physiologique, est radio-opaque : il apparaît comme une masse blanche uniforme sur le cliché et arrête les rayons X. Le tissu glandulaire situé derrière lui n’est donc pas analysable par la seule incidence standard.

Deux facteurs modulent cette difficulté. Le premier est le positionnement de l’implant. Placé en avant du muscle pectoral, il refoule la glande vers l’avant et masque une partie plus importante du sein. Placé en arrière du muscle, ou en position intermédiaire, il laisse davantage de tissu glandulaire accessible à l’imagerie. Le second facteur est la présence éventuelle d’une coque, c’est-à-dire d’une rétraction fibreuse autour de la prothèse, qui rend le sein plus ferme et limite la compression.

Cette contrainte est connue et parfaitement gérée. Elle explique simplement pourquoi votre examen comportera davantage de clichés que celui d’une femme non porteuse d’implants.

Les incidences de refoulement, ou technique d’Eklund

Pour explorer le tissu glandulaire masqué, le manipulateur réalise des clichés complémentaires selon une technique dite de refoulement, décrite par Eklund. Le principe est simple : l’implant est repoussé vers l’arrière, contre la paroi thoracique, tandis que la glande mammaire est tirée vers l’avant entre les plaques de compression. La prothèse sort ainsi du champ analysé, et le tissu glandulaire devient lisible.

En pratique, l’examen associe donc les incidences standards, prothèse comprise, et les incidences de refoulement, soit environ le double de clichés par rapport à un examen classique. La durée de l’examen s’en trouve allongée de quelques minutes.

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La compression est adaptée : elle reste nécessaire pour étaler le tissu et obtenir une image exploitable, mais elle est ajustée par le manipulateur. Signalez toute douleur pendant l’examen, le geste peut être modulé.

Comment se déroule concrètement l’examen

Le déroulé ne diffère pas fondamentalement d’une mammographie classique, si ce n’est par sa durée. Vous êtes installée debout devant l’appareil, buste dénudé, et le manipulateur positionne le sein sur le support avant d’abaisser la plaque de compression. Chaque cliché ne dure que quelques secondes, pendant lesquelles il vous sera demandé de ne pas respirer.

Comptez une quinzaine à une vingtaine de minutes dans la salle plutôt qu’une dizaine, du fait des incidences supplémentaires. Quelques conseils pratiques : évitez d’appliquer déodorant, talc ou crème sur la poitrine et les aisselles le jour de l’examen, certaines particules pouvant créer des images parasites ressemblant à des microcalcifications. Prévoyez une tenue deux pièces, plus confortable à retirer. Si vous êtes encore réglée, la période située après les règles est généralement la moins sensible pour la compression.

Le radiologue vous reçoit ensuite pour un examen clinique des seins et des aisselles, complété si nécessaire par une échographie dans le même temps. Les résultats vous sont le plus souvent commentés avant votre départ.

Échographie et IRM : quand les associer

La mammographie n’est pas le seul outil disponible, et la stratégie est souvent combinée.

L’échographie mammaire est fréquemment associée chez les femmes porteuses d’implants. Elle n’est pas gênée par la radio-opacité de la prothèse, explore bien les zones périphériques et permet d’analyser l’implant lui-même ainsi que les ganglions de l’aisselle.

L’IRM mammaire est, elle, l’examen de référence pour évaluer l’intégrité d’un implant. En cas de suspicion de rupture, notamment devant une modification de forme, une douleur ou une déformation récente du sein, c’est elle qui apporte le diagnostic le plus fiable, en particulier pour les ruptures dites intracapsulaires, où le gel reste contenu dans l’enveloppe fibreuse et qui passent souvent inaperçues cliniquement.

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Le choix entre ces examens revient au radiologue, en fonction du motif de l’examen, de l’âge, de la densité mammaire et des antécédents.

Ce qu’il faut signaler avant l’examen

Quelques informations changent réellement la qualité de l’examen. Pensez à indiquer :

  • La présence d’implants, systématiquement, même si cela vous paraît évident.
  • La date de pose et l’éventuel remplacement d’une prothèse antérieure.
  • Le type d’implant et son positionnement par rapport au muscle, informations qui figurent sur votre carte d’implant. Apportez-la si vous l’avez conservée.
  • Un antécédent de lipofilling, c’est-à-dire d’injection de graisse autologue dans le sein. Cette technique peut générer des calcifications ou des zones de cytostéatonécrose dont l’aspect doit être interprété en connaissance de cause.
  • Tout symptôme récent : douleur, modification de forme ou de volume, masse palpable, rétraction du mamelon, écoulement.
  • Vos examens antérieurs, à apporter systématiquement : la comparaison dans le temps est l’un des outils les plus puissants du radiologue.

Le suivi des implants dans le temps

Un implant mammaire n’est pas un dispositif posé à vie. Une surveillance est recommandée, avec un suivi clinique régulier par le chirurgien et une imagerie dont le rythme est adapté à chaque situation. En France, l’ANSM assure une surveillance renforcée de ces dispositifs et un registre de suivi des implants mammaires a été mis en place, alimenté après chaque pose, changement ou retrait. Les patientes doivent par ailleurs recevoir une information complète et une carte d’implant lors de l’intervention.

Le type d’implant retenu et son plan de positionnement, décidés lors d’une augmentation mammaire par prothèses, influencent directement les modalités de surveillance radiologique ultérieure. C’est une dimension rarement évoquée au moment du choix, alors qu’elle accompagne la patiente pendant des décennies.

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Dépistage organisé : les implants ne changent pas les règles

En France, les femmes de 50 à 74 ans sans facteur de risque particulier sont invitées tous les deux ans à réaliser une mammographie de dépistage, prise en charge à 100 % et assortie d’une seconde lecture systématique des clichés jugés normaux. Le port d’implants mammaires ne constitue pas une contre-indication à ce dépistage : il implique simplement la réalisation de clichés spécifiques. Les modalités pratiques du programme sont détaillées par l’Institut nationhttps://www.chirurgie-esthetique-vincent-masson.com/augmentation-mammaire-par-prothesesal du cancer.

En dehors de cette tranche d’âge, ou en présence d’antécédents personnels ou familiaux, un suivi individualisé est défini avec votre médecin.

Questions fréquentes

La mammographie peut-elle rompre un implant ?

Le risque existe théoriquement mais reste très faible, et il est encore réduit par l’adaptation de la compression et l’expérience du manipulateur. Ce risque ne doit pas conduire à renoncer au dépistage, dont le bénéfice est sans commune mesure.

Faut-il davantage d’examens quand on a des prothèses ?

L’examen comporte plus de clichés et une échographie y est souvent associée, mais le rythme du dépistage reste celui recommandé pour votre tranche d’âge et votre niveau de risque.

Un lipofilling gêne-t-il le dépistage ?

Il ne l’empêche pas. Il peut générer des images de calcifications dont l’interprétation nécessite de connaître l’antécédent : d’où l’importance de le signaler et d’apporter vos examens précédents.

Que faire en cas de suspicion de rupture ?

Consultez votre chirurgien, qui prescrira l’imagerie adaptée, le plus souvent une échographie puis une IRM. La conduite à tenir dépend du type de rupture et de la tolérance clinique ; elle se décide au cas par cas.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Seul un examen clinique et radiologique permet de poser un diagnostic.

DR Antoine Bertrand
Dr Betrand est spécialisé en Imagerie médicale

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