Une IRM peut montrer des anomalies bien avant les premiers symptômes. Mais que voit-on exactement dans la maladie de CADASIL ?
Ensemble, on décode les zones claires à l’écran et les mots de votre compte rendu, sans jargon.
Quand faut-il consulter en urgence ?
Un bras qui faiblit d’un coup, un côté du visage qui tombe, des difficultés à parler ou une perte soudaine de la vue : ces signes demandent une prise en charge immédiate. Cela vaut que CADASIL soit déjà diagnostiquée ou seulement soupçonnée. Appelez le 15 ou le 112, sans attendre.
Parfois, les symptômes disparaissent en quelques minutes. C’est le cas lors d’un accident ischémique transitoire. Mais ce retour au calme ne veut pas dire que tout va bien. Une évaluation urgente doit chercher un infarctus, une hémorragie ou une autre cause.
D’autres signes nécessitent aussi une consultation rapide :
- Un mal de tête très intense et inhabituel, avec ou sans aura, surtout s’il s’accompagne de confusion ou d’un déficit neurologique.
- Une crise d’épilepsie, une perte de connaissance ou un comportement qui change brusquement.
- Une difficulté nouvelle à marcher, à coordonner vos mouvements ou à saisir un objet.
- Un trouble soudain de la déglutition, de la parole ou de la compréhension.
Quand les secours arrivent, dites-leur que vous avez CADASIL, ou qu’on envisage cette maladie. Cette information aide l’équipe à lire l’imagerie et à choisir les traitements avec prudence.
Qu’est-ce que l’IRM peut montrer dans CADASIL ?
Vous vous demandez ce que l’IRM peut vraiment montrer ? Elle repère surtout des hypersignaux de la substance blanche. Ces zones apparaissent plus claires sur les séquences T2 ou FLAIR. Leur place, leur symétrie et leur étendue peuvent orienter vers CADASIL.
La substance blanche relie les différentes parties du cerveau, un peu comme des câbles. Dans CADASIL, les petits vaisseaux s’abîment peu à peu. Ces connexions se dégradent, et l’IRM peut en garder la trace.
Le radiologue recherche notamment :
- Des hypersignaux de la substance blanche, souvent étendus, présents des deux côtés et symétriques, en particulier autour des ventricules et dans les régions profondes du cerveau.
- Une atteinte des pôles antérieurs des lobes temporaux, un indice particulièrement évocateur lorsqu’il s’inscrit dans un tableau compatible.
- Une atteinte des capsules externes, des faisceaux situés en profondeur, qui renforce la suspicion à l’imagerie.
- Des infarctus lacunaires, petits infarctus profonds provoqués par l’obstruction de petites artères. Ils peuvent toucher les noyaux gris centraux, le thalamus, le tronc cérébral ou le centre semi-ovale.
- Des microsaignements cérébraux, de petites traces de sang ancien que révèlent des séquences sensibles aux variations magnétiques.
- Des espaces périvasculaires élargis, situés autour de petits vaisseaux et parfois visibles lorsque les petites artères sont atteintes.
Les pôles temporaux retiennent particulièrement l’attention. Ils sont touchés chez environ deux tiers des personnes atteintes de la forme classique. Une IRM sans anomalie à cet endroit n’exclut pas CADASIL. Le profil génétique et l’origine du patient peuvent influer sur l’image.
Une même IRM peut montrer une leucoencéphalopathie, des lacunes et des microsaignements. Le radiologue interprète ces éléments ensemble, en tenant compte de votre âge, de vos symptômes et de vos antécédents familiaux. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à confirmer un diagnostic génétique.
Votre compte rendu peut contenir « hypersignal FLAIR », « lésions de la substance blanche », « lacunes » ou « microbleeds ». Ces mots décrivent ce que montre l’image. Ils ne prouvent pas à eux seuls un diagnostic génétique.
Comment les lésions IRM s’inscrivent-elles dans la maladie ?
Pourquoi les lésions apparaissent et quand ?
L’IRM montre les effets de l’atteinte des petits vaisseaux du cerveau. Dans CADASIL, le gène NOTCH3 est modifié. Une protéine s’accumule alors dans la paroi des vaisseaux. Résultat : leur fonctionnement se dérègle. Vous voyez ainsi ce qui se passe, même sans symptôme.
Une baisse répétée de l’apport sanguin peut toucher la substance blanche. Cela arrive parfois avant le moindre symptôme au quotidien. Les premières anomalies à l’IRM peuvent donc précéder les migraines, les AVC ou les troubles cognitifs.
Les lésions peuvent être visibles dès 20 ans, même si elles varient beaucoup au début. Après 35 ans, une anomalie évocatrice apparaît généralement à l’IRM chez les personnes porteuses d’un variant pathogène de NOTCH3.
Images et symptômes ne vont pas toujours de pair. Dans une même famille, deux personnes peuvent avoir des lésions comparables et pourtant vivre des conséquences très différentes. L’inverse arrive aussi.
Quels liens entre les lésions et les symptômes ?
Les infarctus lacunaires expliquent parfois des épisodes neurologiques soudains. Quand ils s’accumulent, la marche peut ralentir. L’équilibre peut aussi se fragiliser. Le traitement de l’information devient plus lent, et les fonctions exécutives peuvent être touchées.
Les hypersignaux diffus peuvent accompagner un ralentissement cognitif progressif. Mais ils ne suffisent pas à prédire votre évolution. L’âge, le variant de NOTCH3, les facteurs vasculaires et les événements cliniques comptent aussi.
Les microsaignements ne provoquent habituellement aucun symptôme. Leur présence signale pourtant une atteinte des vaisseaux cérébraux. Il faut en tenir compte, notamment avant certains traitements.
Une IRM très marquée ne signifie pas automatiquement une aggravation rapide de CADASIL. Si un symptôme nouveau survient, faites-vous évaluer, même si le dernier examen semblait stable.
Quel protocole d’IRM est recommandé ?
Une seule image ne suffit pas. Vous le savez peut-être déjà : le protocole combine plusieurs séquences. Chacune apporte une information différente sur la substance blanche, les infarctus et les saignements.
Le protocole comprend notamment :
- Des séquences T1, utiles pour visualiser l’anatomie du cerveau et les anciens infarctus lacunaires.
- Des séquences T2 ou FLAIR, qui font ressortir les hypersignaux de la substance blanche et leur répartition. FLAIR signifie « inversion-récupération avec annulation du signal du liquide ».
- Une séquence de diffusion, particulièrement utile si un infarctus récent est suspecté. Elle repère une modification de la circulation de l’eau dans les tissus cérébraux.
- Une séquence T2 ou SWI, sensible aux microsaignements et aux dépôts laissés par d’anciens saignements. SWI signifie « imagerie pondérée en susceptibilité magnétique ».
- Une angio-IRM ou une autre exploration vasculaire, selon le contexte, pour examiner les artères et rechercher une cause vasculaire associée.
Une IRM standard suffit en général pour repérer les lésions typiques de CADASIL. Les examens de perfusion, l’IRM fonctionnelle et les techniques avancées sur les petits vaisseaux sont surtout utilisés dans des projets spécialisés ou de recherche.
Le produit de contraste n’est pas systématiquement nécessaire pour repérer les lésions classiques. Il peut être demandé si une autre question clinique le justifie.
Pour préparer l’examen, quelques renseignements sont particulièrement utiles :
- Signalez la présence d’un implant, d’un pacemaker, d’un éclat métallique ou d’un autre dispositif médical.
- Apportez vos anciennes IRM et leurs comptes rendus pour permettre la comparaison.
- Décrivez vos symptômes récents, leur date de début et leur durée.
- Mentionnez les antécédents familiaux d’AVC précoce, de migraine avec aura, de troubles cognitifs ou psychiatriques.
- Parlez d’une éventuelle claustrophobie : une solution peut être organisée avant l’examen.
Comment le diagnostic est posé
L’IRM peut faire fortement penser à CADASIL, mais elle ne suffit pas à le confirmer. Le diagnostic repose sur les signes, l’histoire familiale, l’imagerie et une analyse génétique.
Le parcours commence généralement auprès d’un neurologue, qui s’intéresse à plusieurs éléments :
- L’âge auquel les symptômes débutent et leur évolution.
- La présence de migraines avec aura, d’accidents ischémiques transitoires ou d’AVC.
- Les troubles de l’humeur, l’apathie, les difficultés d’attention ou le ralentissement cognitif.
- Les antécédents familiaux sur plusieurs générations.
- Les facteurs de risque vasculaire susceptibles d’expliquer autrement les lésions.
Test génétique ou biopsie cutanée
Le test génétique cherche une variante pathogène du gène NOTCH3 dans une prise de sang. Trouver une variante typique confirme le diagnostic, si elle colle aux signes et à l’IRM.
Pas de proche malade ? Cela ne suffit pas à écarter CADASIL. La variante peut être apparue spontanément, ou l’histoire familiale est mal connue.
La biopsie cutanée est réservée à certains cas. Elle peut être envisagée si le test génétique de NOTCH3 ne permet pas de trancher malgré une forte suspicion. Elle recherche des dépôts typiques dans la paroi des petits vaisseaux de la peau.
Que faire si vous n’avez pas de symptômes ?
CADASIL est présente dans votre famille, mais vous n’avez aucun symptôme ? Le test se prépare en consultation spécialisée. Neurologue, généticien et psychologue vous accompagnent, et vous prenez le temps de réfléchir avant le prélèvement.
Chez un mineur sans symptôme, le test présymptomatique n’est pas proposé. Aucun traitement préventif n’a prouvé qu’il pouvait empêcher l’apparition de la maladie.
Quels symptômes et quel parcours la maladie peut-elle prendre ?
CADASIL ne se déroule pas de la même façon chez tout le monde. Parfois, les symptômes changent beaucoup d’une personne à l’autre. Leur âge d’apparition et leur intensité varient, même entre proches porteurs du même variant.
Chez beaucoup de patients, la migraine avec aura arrive en premier. Elle apparaît souvent entre 20 et 40 ans. Elle peut provoquer des troubles de la vue, des sensations anormales ou des difficultés à parler. Plus rarement, elle entraîne une faiblesse motrice.
Les accidents ischémiques transitoires et les AVC surviennent souvent après les premières manifestations, comme la migraine avec aura. Ils touchent en général les petits vaisseaux et peuvent causer une faiblesse motrice, un trouble de la sensibilité ou des problèmes de coordination.
Les manifestations vasculaires comprennent notamment :
- La migraine avec aura, parfois atypique ou accompagnée de symptômes prolongés.
- Les accidents ischémiques transitoires, dont les signes régressent totalement ou en partie.
- Les AVC lacunaires, qui peuvent provoquer des déficits neurologiques à répétition.
Les autres atteintes neurologiques et cognitives peuvent prendre plusieurs formes :
- Des troubles de l’attention et des fonctions exécutives, qui compliquent l’organisation et l’enchaînement de plusieurs tâches.
- De l’apathie et des troubles de l’humeur, comme des épisodes dépressifs, de l’irritabilité ou de l’anxiété.
- Des difficultés à marcher ou à garder l’équilibre, souvent liées à l’accumulation des lésions profondes.
- Des troubles de la parole et de la déglutition, qui peuvent survenir à un stade plus avancé.
- Des crises d’épilepsie, observées chez une minorité de personnes symptomatiques.
Les troubles cognitifs restent parfois discrets pendant longtemps. Ils touchent d’abord la vitesse de traitement de l’information, l’attention et la planification. Le souvenir des faits anciens, lui, est souvent préservé au début.
La maladie peut progresser par étapes, après plusieurs petits infarctus. Elle peut aussi évoluer plus lentement. La perte d’autonomie n’arrive ni au même âge, ni avec la même intensité, selon les personnes.
À quelle fréquence l’IRM est-elle répétée ?

Pour une personne qui présente des symptômes, une IRM de surveillance tous les deux ans sert de repère. Votre neurologue peut rapprocher ou espacer les examens. Il tient compte de vos symptômes, des lésions visibles et de vos objectifs de soins.
Un déficit neurologique soudain justifie une IRM sans attendre le prochain contrôle. Il faut alors chercher un infarctus récent, une hémorragie ou une autre cause. Ce n’est pas le moment de mesurer l’évolution lente de CADASIL.
Si vous êtes porteur d’un variant pathogène sans symptôme, le calendrier se décide au cas par cas. Un suivi neurologique tous les deux ans peut être proposé. La fréquence des IRM dépend de votre situation.
Les images se comparent mieux quand les séquences et les conditions d’examen sont proches. Gardez vos anciens comptes rendus. Si possible, gardez aussi les images elles-mêmes.
Lors du suivi, l’IRM permet notamment d’observer :
- L’apparition de nouvelles lésions dans la substance blanche.
- L’augmentation du nombre ou de la taille des infarctus lacunaires.
- L’éventuelle apparition de nouveaux microsaignements.
- Une atrophie cérébrale, c’est-à-dire une diminution du volume de certaines régions.
- La concordance entre les images et les changements cognitifs, moteurs ou comportementaux.
Une IRM stable ne doit pas vous empêcher de consulter si un symptôme nouveau apparaît. Une progression visible sur les images ne dit pas, à elle seule, l’effet exact sur votre quotidien.
Quelle prise en charge accompagne le suivi par IRM ?
L’IRM donne des repères, mais c’est le suivi clinique qui compte vraiment. Votre neurologue met les images en regard de votre marche, de votre mémoire, de votre humeur, de vos migraines et d’éventuels accidents vasculaires.
Aucun traitement ne guérit CADASIL, et rien ne l’arrête. La prise en charge vise donc à limiter les risques vasculaires, à soulager les symptômes et à préserver votre autonomie.
Comment limiter les risques vasculaires ?
Plusieurs mesures concernent la santé des vaisseaux et la circulation cérébrale :
- Surveiller la tension artérielle, tout en évitant une baisse excessive qui pourrait réduire la perfusion du cerveau.
- Arrêter le tabac, qui augmente le risque vasculaire et peut aggraver l’évolution.
- Prendre en charge le diabète et les troubles du cholestérol, s’ils sont présents.
- Envisager un antiagrégant plaquettaire, comme l’aspirine ou le clopidogrel, après un infarctus cérébral ou dans certaines situations discutées avec le spécialiste.
- Utiliser les anticoagulants avec prudence : ils ne servent pas à prévenir CADASIL, sauf indication médicale précise.
- Se méfier des médicaments susceptibles de provoquer une hypotension ou une vasoconstriction, notamment certains traitements de la migraine.
Quels professionnels peuvent aider à préserver l’autonomie ?
La rééducation et l’accompagnement social complètent le suivi médical :
- La kinésithérapie aide à travailler la marche, l’équilibre et les transferts, tout en prévenant les chutes.
- L’orthophonie et la rééducation cognitive peuvent être utiles en cas de troubles du langage, de la déglutition ou des fonctions cognitives.
- L’ergothérapie aide à adapter le logement, les gestes du quotidien et les aides techniques.
- Le soutien psychologique et l’accompagnement social s’adressent à la personne atteinte comme à ses proches.
Une consultation spécialisée peut coordonner le neurologue, votre médecin traitant, le radiologue, le médecin de réadaptation, les paramédicaux, le psychologue et l’assistant social. Vous n’avez pas à jongler seul entre eux.
Le conseil génétique concerne aussi votre famille. Gardez en tête ces points :
- CADASIL se transmet selon un mode autosomique dominant.
- Une personne porteuse peut transmettre le variant à chacun de ses enfants.
- Le risque individuel pour chaque enfant est de 50 %.
Gardez une copie du diagnostic génétique et de vos derniers comptes rendus. En urgence, ces documents aident les soignants à comprendre vite votre dossier.
Une image ne dit jamais tout de votre situation, et c’est justement pour cela que l’IRM se lit avec votre histoire. Demandez donc à votre neurologue à quel rythme la répéter pour vous, et discutez avec lui de ce que chaque nouvel examen lui apprend sur votre cas.





