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Zézépagnon : une baisse de plus de 50 % sur des cellules cancéreuses, mais que mesure vraiment ce résultat de laboratoire ?

Une baisse de viabilité de plus de 50 % est rapportée pour des cellules cancéreuses de prostate exposées à un extrait de Zézépagnon. Ce chiffre décrit un test de laboratoire, pas la réduction d’une tumeur chez un patient.

Relu par Antoine Bouquet
Scène illustrative de laboratoire, plaque de culture au premier plan et regard d’une chercheuse à l’arrière-plan.
Sommaire
  1. En bref
  2. Le « plus de 50 % » a un modèle et une concentration
  3. Une mesure de coloration, pas une image de tumeur
  4. L’extrait testé n’est pas la tisane consommée
  5. Chez la souris, une autre question a été posée
  6. L’annonce d’octobre ne vaut pas autorisation

Des extraits de Zézépagnon auraient réduit de plus de 50 % la viabilité de cellules cancéreuses de la prostate en laboratoire. Ce résultat, rapporté par la Direction scientifique MAPA dans sa communication d’octobre 2026, porte sur des cellules cultivées, pas sur la taille d’une tumeur chez un malade. La présentation du 14 octobre à Abidjan donne matière à examiner une activité expérimentale, à condition de garder au pourcentage son véritable objet. [1]

Le « plus de 50 % » a un modèle et une concentration

Dans la synthèse de l’intervention de Richard Sawadogo diffusée par MAPA, les cellules de prostate appartiennent à la lignée PC3. Une lignée est un modèle cellulaire utilisé au laboratoire, et non un groupe de patients. Le résultat annoncé correspond à une concentration d’extrait de 50 microgrammes par millilitre (µg/mL) dans les conditions de l’expérience. Ce nombre exprime une quantité d’extrait dans un volume de milieu de culture. Il ne donne ni une dose à boire ni une quantité qui atteindrait une tumeur humaine. [1]

Le point important n’est donc pas seulement l’ampleur du pourcentage. C’est ce qui a été exposé à quoi, et ce qui a ensuite été mesuré. Ici, le signal concerne la viabilité cellulaire, c’est-à-dire la capacité des cellules à rester vivantes dans les conditions du test. Il ne décrit ni la proportion de personnes guéries ni une diminution de moitié du volume d’un cancer.

Deux autres lignées sont mentionnées dans la même communication. Les valeurs annoncées ne sont pas toutes présentées de la même façon :

Modèle cellulaireMesure rapportée par MAPA
Côlon, HCT116CI50 estimée à 56,11 µg/mL
Sein, MDA-MB-468CI50 estimée à 70,10 µg/mL
Prostate, PC3Baisse de viabilité supérieure à 50 % à 50 µg/mL
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La CI50 est la concentration qui réduit de moitié la viabilité dans l’essai. Pour la prostate, la valeur communiquée est un résultat à une concentration donnée, pas une CI50 établie de la même manière. Présenter les trois nombres comme trois taux de réussite thérapeutique ferait disparaître cette différence. [1]

Schéma comparant une mesure de viabilité sur cellules cultivées et l’évaluation de la maladie chez un patient.
Une mesure cellulaire ne décrit pas une réponse tumorale chez un patient. Résultats expérimentaux rapportés par MAPA en octobre 2026. [1]

Une mesure de coloration, pas une image de tumeur

La synthèse publiée par MAPA précise que les lignées cancéreuses ont été évaluées après 48 heures par une méthode au cristal violet. Ce colorant sert à produire un signal mesurable dans les puits de culture. Le document décrit une lecture de densité optique, autrement dit une mesure de coloration, avec comparaison aux cellules non traitées et à un témoin contenant le solvant de l’extrait, le DMSO. [1]

Ces témoins donnent un sens à la variation observée : l’interprétation doit porter sur l’effet de l’extrait dans l’essai, pas simplement sur la présence d’un solvant ou sur l’aspect d’une photographie. Mais une plaque moins colorée n’est pas une tumeur devenue plus petite. Les deux mesures ne portent pas sur le même objet biologique.

L’intérêt de ce type d’essai est d’identifier une activité à explorer. Pour parler de réponse à un traitement chez une personne, il faut des observations cliniques sur l’évolution de sa maladie. La communication MAPA ne présente pas de résultat clinique contrôlé permettant de faire ce passage. Elle ne fournit pas davantage un nouveau calendrier de scanner ou d’IRM à appliquer aux patients. [1]

Dessin éditorial associant une boîte de médicament et un appareil de scanner.
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L’extrait testé n’est pas la tisane consommée

Une autre précision change la lecture des chiffres : la synthèse diffusée sur le site du promoteur indique que les résultats présentés proviennent d’une macération méthanolique, après préparation de l’extrait. Elle mentionne aussi une décoction, mais précise que les résultats exposés sont ceux de la macération, jugés plus marqués. Ce compte rendu est une transcription automatique éditée par le site, pas un article scientifique évalué par les pairs. [1]

On ne peut donc pas remplacer, dans la phrase décrivant l’expérience, « extrait préparé pour le laboratoire » par « tisane bue par une personne ». Cela changerait le matériau étudié et les conditions d’exposition. Les concentrations du tableau ne permettent pas de déduire une recette, une posologie ou une concentration obtenue dans le sang.

La même synthèse rapporte une viabilité d’environ 95 % pour des cellules sanguines normales, les PBMC, à 50 µg/mL. Cette observation concerne ces cellules et cette concentration. Elle ne suffit pas à caractériser la tolérance de tous les tissus d’un organisme, d’autant que la méthode de mesure décrite pour les PBMC diffère de celle des lignées cancéreuses. [1]

Chez la souris, une autre question a été posée

Le volet animal annoncé porte sur la toxicité aiguë : selon MAPA, aucun décès ni signe de toxicité aiguë n’a été observé pendant 14 jours après une administration unique de 2 000 mg/kg à des souris. Ce n’est pas un essai montrant une régression de tumeur animale. Il explore les effets indésirables d’une exposition unique dans ce modèle. Aucun bénéfice ni innocuité chez les patients n’en découle. [1]

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Dessin d’un travail de recherche autour d’un cahier d’expériences et de matériel de laboratoire.
Les recherches à doses répétées et sur les mécanismes d’action sont annoncées comme des étapes à venir par MAPA. [1]

Le promoteur annonce notamment des travaux à doses répétées et des recherches sur les mécanismes d’action. Ces questions répondent à d’autres besoins que le test cellulaire : documenter ce qui se passe avec des expositions prolongées et comprendre l’activité observée. Les résultats annoncés pour ces travaux futurs ne peuvent pas être comptés parmi les résultats déjà obtenus. [1]

L’annonce d’octobre ne vaut pas autorisation

Le statut réglementaire relève encore d’une autre décision. Dans sa note du 14 septembre 2026, l’Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique (AIRP) indique que les produits Zézépagnon n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché. En Côte d’Ivoire, elle interdit leur fabrication, leur importation, leur distribution, leur vente et leur promotion, et recommande de s’abstenir de les acheter et de les consommer. [2]

La présentation expérimentale du 14 octobre est postérieure à cette note. Présenter des résultats à un congrès ne constitue ni une autorisation du produit ni une décision levant l’interdiction. La synthèse des échanges publiée par MAPA mentionne d’ailleurs l’absence d’enregistrement et une demande d’autorisation restant à déposer : la procédure réglementaire est distincte de la communication des mesures de laboratoire. [1]

Sources et références

[1] Direction scientifique MAPA, communiqué d’octobre 2026 et synthèse éditée de l’intervention du 14 octobre
https://zezepagnon.com/index.php?page=recherche

[2] AIRP, note d’information n° 2906 du 14 septembre 2026
https://api.airpdigital.com/storage/documents/Note%20d%27Information%20AIRP%20N%C2%B0%202906_ZEZEPAGNON%20%20a%CC%80%20diffuser.pdf

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