Sommaire
- En bref
- Le stade métastatique est une information sur l’étendue de la maladie
- Le scanner montre l’extension, l’anatomopathologie confirme la nature du cancer
- Une cible RAS n’est pas une signature visible sur les images
- Les résultats de l’essai ne décrivent pas un nouveau protocole de scanner
- Cette annonce concerne le traitement, pas un dépistage généralisé
Un traitement qui cible une anomalie biologique du cancer ne remplace pas les examens qui montrent où la maladie s’est développée. L’avis positif rendu le 15 octobre 2026 par le comité des médicaments à usage humain de l’EMA pour Rasonque, le daraxonrasib, rend cette distinction particulièrement utile. Il concerne des adultes ayant un adénocarcinome pancréatique métastatique et ayant déjà reçu au moins un traitement systémique. [1, 2]
Pour comprendre la place de cette avancée, il faut séparer trois questions : jusqu’où le cancer s’est-il étendu, de quel type de tumeur s’agit-il et quelles caractéristiques moléculaires présente-t-elle ? Elles se complètent, mais aucune image de scanner ne constitue à elle seule un test de mutation RAS.
Le stade métastatique est une information sur l’étendue de la maladie
Une métastase est une tumeur formée à distance du cancer initial. Le bilan d’extension recherche cette propagation et précise les rapports de la tumeur avec les organes et les vaisseaux voisins. Ce n’est pas un simple inventaire d’images : cette cartographie contribue au choix du traitement. [3]
L’Institut national du cancer décrit le scanner thoracoabdominopelvien comme un examen central du bilan diagnostique du cancer du pancréas. Il explore le thorax, l’abdomen et le pelvis à l’aide de rayons X. Il précise notamment la taille et la localisation de la tumeur, recherche une extension à distance et permet d’évaluer si elle peut être retirée complètement par chirurgie, ce que les médecins appellent la résécabilité.
Pourquoi cette notion reste-t-elle importante à propos d’un médicament ? Parce que l’avis européen concerne une maladie métastatique déjà traitée, et non une option proposée sans distinction devant toute masse pancréatique. La place d’un médicament ne se déduit pas de son mécanisme d’action seulement : elle dépend aussi du stade et de l’histoire thérapeutique.
Le scanner montre l’extension, l’anatomopathologie confirme la nature du cancer
L’imagerie peut fortement orienter le diagnostic. Mais l’examen anatomopathologique des tissus ou des cellules est indispensable pour confirmer avec certitude un cancer, rappelle l’INCa. Le pathologiste étudie les prélèvements, notamment au microscope, pour déterminer les caractéristiques de la tumeur. [3]
Les tissus peuvent être obtenus par biopsie. Une écho-endoscopie associe une sonde d’échographie à un endoscope introduit par les voies naturelles et peut permettre de prélever des fragments de la tumeur pancréatique. L’INCa précise que cet examen n’est pas systématique : la manière de constituer le bilan varie selon la situation.

Imagerie et prélèvement ne sont donc pas deux réponses concurrentes à une même question. L’une situe les anomalies et leur extension dans l’organisme. L’autre apporte des informations sur la nature des cellules. Demander ce qu’un examen doit éclairer aide à comprendre sa place, sans supposer que chaque nouvelle information sur un médicament oblige à répéter tous les actes.
Une cible RAS n’est pas une signature visible sur les images
Le daraxonrasib agit sur les protéines RAS, qui participent à la croissance et à la survie cellulaires. Il se lie à la cyclophiline A pour former un complexe inhibant leur activité. Cette action se situe à l’échelle moléculaire, pas à celle des formes et des volumes que le scanner décrit. [1, 2]
L’INCa indique que, selon les situations, des altérations moléculaires peuvent être recherchées dans un échantillon tumoral. Cette analyse ne se confond ni avec la réalisation d’un scanner ni avec la lecture habituelle de ses images. Un compte rendu radiologique ne remplace donc pas un résultat d’analyse moléculaire. [3]

Faut-il pour autant annoncer un test RAS obligatoire pour recevoir Rasonque ? Le libellé de l’avis européen présenté le 15 octobre ne formule pas cette condition : il vise les adultes atteints d’un adénocarcinome pancréatique métastatique ayant reçu au moins un traitement systémique. Dans l’essai cité par l’EMA, 92 % des 500 participants avaient une mutation RAS G12 confirmée. Cette caractéristique de l’étude ne permet pas d’ajouter soi-même une condition de prescription absente du libellé publié. [1, 2]
Les résultats de l’essai ne décrivent pas un nouveau protocole de scanner
Dans cet essai international de phase 3 en ouvert, la survie globale médiane était de 12,4 mois sous Rasonque, contre 6,7 mois sous chimiothérapie. La survie médiane sans progression atteignait 7,2 mois contre 3,6 mois. Une médiane décrit un groupe, pas le devenir garanti d’une personne. Les deux critères ne s’additionnent pas. [1]
Les analyses ont aussi des temporalités distinctes : les données de survie globale étaient arrêtées au 15 juin 2026, celles de survie sans progression au 10 février 2026. Le résultat « sans progression » décrit le temps observé sans aggravation dans l’essai. Le communiqué ne détaille pas un calendrier radiologique à reproduire pour chaque patient traité en pratique.
Il serait donc trompeur d’annoncer, à partir de ces chiffres, un scanner tous les mois ou un examen particulier imposé par Rasonque. L’évaluation de l’évolution de la maladie et l’organisation des examens relèvent du parcours spécialisé. Le bénéfice thérapeutique annoncé ne fournit pas, à lui seul, une nouvelle règle de fréquence des images.
Cette annonce concerne le traitement, pas un dépistage généralisé
Un médicament évalué chez des personnes ayant un cancer métastatique déjà traité ne démontre pas l’intérêt d’un dépistage de toute la population par scanner. Le bilan décrit par l’INCa répond à une suspicion ou à un diagnostic à préciser. Il ne transforme pas l’annonce thérapeutique en motif d’examen systématique chez une personne sans indication clinique. [3]
La suite réglementaire reste également à distinguer du parcours diagnostique : le CHMP recommande l’autorisation, puis la Commission européenne doit décider. Les décisions de prix et de remboursement interviennent ensuite au niveau national. La fiche de l’EMA prévoit la publication des recommandations détaillées d’utilisation après l’autorisation de la Commission. Elle ne publie pas, avec cet avis, de protocole radiologique propre à Rasonque. [1, 2]
Sources et références
Sources
[1] EMA — EMA recommends authorisation of Rasonque for metastatic pancreatic cancer, 15 octobre 2026. https://www.ema.europa.eu/en/news/ema-recommends-authorisation-rasonque-metastatic-pancreatic-cancer
[2] EMA — Rasonque, avis positif adopté le 15 octobre 2026. https://www.ema.europa.eu/en/medicines/human/EPAR/rasonque
[3] Institut national du cancer — Cancers du pancréas : comment est établi le diagnostic ?, mise à jour du 22 juin 2021. https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/pancreas/comprendre-la-maladie/le-diagnostic




